Je m'appelle Alain.
Depuis le début de ma carrière, j'ai connu des centaines de déménagements. Certains se déroulent exactement comme prévu. D'autres prennent une tournure totalement différente dès que la porte de l'appartement s'ouvre.
Celui que je vais vous raconter fait partie de ceux dont je me souviens encore parfaitement.
Nous étions au mois de juillet, la période la plus chargée de l'année pour une entreprise de déménagement. Chaque camion était réservé, chaque équipe avait son planning et chaque journée comptait.
Notre intervention était prévue rue des Blancs-Manteaux, au cœur du 4ᵉ arrondissement.
Lors de la visite technique, j'avais estimé le volume à plus de 45 m³. Un appartement familial d'environ 95 m², occupé par un couple et leurs deux enfants.
Le devis avait été accepté plusieurs semaines auparavant.
Le client avait choisi une formule économique.
Ce choix ne posait aucun problème.
À condition que chacun réalise la partie du travail prévue au contrat.
Beaucoup de personnes pensent qu'une formule économique signifie simplement un prix moins élevé.
En réalité, elle repose sur une répartition très précise des tâches.
Le client prépare son déménagement.
Mon équipe réalise ensuite le travail prévu sur le devis.
Dans ce dossier, tout était clairement indiqué.
Le client devait emballer les vêtements, préparer les cartons, protéger la vaisselle, démonter certains meubles et rendre l'appartement prêt à être chargé.
De notre côté, nous devions protéger le mobilier avec notre matériel professionnel, assurer toute la manutention, charger le camion, effectuer le transport et remettre le mobilier dans le nouveau logement.
La veille, comme je le fais souvent lorsque le volume est important, j'avais pris mon téléphone.
Je préférais vérifier une dernière fois que tout était prêt.
Le client m'avait répondu avec assurance :
« Oui Alain, tout est prêt. Vous pouvez venir demain matin. »
Sa réponse m'avait rassuré.
J'avais confirmé l'heure d'arrivée à mon équipe et préparé le camion en fonction des prestations prévues.
À ce moment-là, rien ne laissait imaginer ce qui nous attendait.
Le lendemain matin, nous sommes arrivés à l'heure prévue.
En ouvrant la porte de l'appartement, je me suis arrêté quelques secondes.
Il n'y avait pas un seul carton fermé.
La cuisine était encore entièrement rangée dans les placards.
Les assiettes, les verres et les objets fragiles n'avaient reçu aucune protection.
Les vêtements étaient toujours suspendus dans les armoires.
Les meubles qui devaient être démontés étaient encore montés.
L'appartement ressemblait à un logement dans lequel une famille vivait normalement.
Rien n'était prêt pour un déménagement.
J'ai regardé mon équipe.
Ils avaient compris la situation en même temps que moi.
Nous n'allions pas charger un camion.
Nous allions devoir préparer entièrement un appartement de 95 m².
Et cela changeait complètement la journée.
Dans ce métier, s'énerver ne sert absolument à rien.
Le problème était devant nous.
Il fallait maintenant trouver une solution.
J'ai expliqué calmement au client que le travail prévu dans son contrat n'avait pas été réalisé.
Je lui ai rappelé ce que contenait la formule économique et les tâches qui devaient être terminées avant notre arrivée.
Le client reconnaissait qu'il n'avait pas eu le temps de préparer son déménagement.
Je ne pouvais pas laisser une famille dans cette situation.
Mais je ne pouvais pas non plus faire comme si rien n'avait changé.
Le chantier venait de prendre plusieurs heures de retard avant même que le premier meuble quitte l'appartement.
Je devais maintenant réorganiser toute la journée.
Notre véhicule était parfaitement équipé pour le déménagement prévu.
Couvertures de protection.
Ficelle professionnelle.
Sangles.
Housses neuves pour les matelas.
Quelques cartons de dépannage.
Tout le matériel habituellement utilisé pour protéger le mobilier pendant la manutention.
En revanche, personne ne transporte dans son camion de quoi emballer sans prévenir le contenu complet d'un appartement familial de plus de 45 m³.
Il nous fallait des dizaines et des dizaines de cartons.
Des penderies.
Du papier pour protéger la vaisselle.
Du ruban adhésif.
Des protections supplémentaires pour les objets fragiles.
Tout ce qui aurait dû être préparé avant notre arrivée.
Je savais que nous n'avions plus une minute à perdre.
J'ai immédiatement pris mon téléphone pour appeler un collègue.
Je lui ai demandé de nous apporter en urgence tout le matériel nécessaire afin que nous puissions transformer un appartement encore habité en un logement prêt à être déménagé.
À partir de cet instant, notre journée ne ressemblait plus du tout à celle que nous avions prévue.