Depuis 1983, j'ai appris que tous les déménagements ne se ressemblent pas.
Un appartement demande de la méthode.
Une entreprise demande de l'organisation.
Un restaurant, lui, demande les deux.
L'intervention que je vais vous raconter s'est déroulée rue du Faubourg-Poissonnière, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris.
Le chantier concernait un restaurant d'environ 70 m², ainsi que le petit appartement situé juste au-dessus.
Au total, près de 80 m³ de mobilier, de matériel professionnel et d'effets personnels devaient être transférés.
Cette intervention allait nous occuper pendant quatre jours.
Lorsque je suis venu préparer le chantier, je me suis rapidement aperçu que le véritable travail ne commencerait pas avec le chargement des camions.
Il commencerait par l'organisation.
Dans un restaurant, il ne suffit pas de déplacer des tables et des chaises.
Il faut également démonter une cuisine professionnelle.
Protéger la vaisselle.
Emballer chaque ustensile.
Préserver le matériel de cuisson.
Démonter la chambre froide sans détériorer les panneaux ni le groupe frigorifique.
Chaque élément demande une méthode différente.
Je savais déjà que ce chantier nécessiterait plusieurs jours.
Le premier jour a été consacré au démontage de toute la cuisine.
Les fourneaux.
Les fours.
Les meubles inox.
Les plans de travail.
Les meubles réfrigérés.
La chambre froide.
Chaque panneau a été démonté avec soin.
Le moteur frigorifique a été déposé séparément afin d'éviter tout dommage pendant le transport.
Pendant que certains de mes collègues démontaient la cuisine, d'autres commençaient déjà à protéger chaque élément avant le chargement.
Rien ne pouvait être improvisé.
Le remontage dépendrait directement de la qualité du démontage.
Pour ce chantier, j'avais prévu deux véhicules.
Le premier recevait toute la cuisine professionnelle et le matériel lourd.
Le second était réservé aux tables, aux chaises, aux banquettes et au mobilier de salle.
Je préfère toujours séparer les charges lorsqu'un chantier devient aussi important.
Cette organisation permet de retrouver plus facilement chaque élément au moment de la réinstallation.
Elle limite également les risques de détérioration pendant le transport.
Une fois les cuisines chargées, nous avons terminé par les cartons de vaisselle, les verres, les casseroles et tous les ustensiles utilisés quotidiennement par le restaurant.
À la fin de cette première étape, le restaurant était entièrement vidé. Une fois la cuisine entièrement démontée, nous avons commencé le chargement.
Je demande toujours que les éléments les plus lourds prennent place en premier dans le camion.
Les fourneaux.
Les fours.
Les meubles réfrigérés.
Les plans de travail en inox.
Chaque appareil était sanglé afin qu'il ne puisse pas bouger pendant le transport.
Les panneaux de la chambre froide avaient été soigneusement numérotés au démontage.
Le groupe frigorifique voyageait séparément.
Je savais que le remontage serait beaucoup plus simple si chaque élément retrouvait exactement sa place.
La salle du restaurant était maintenant vide.
Le plus long restait pourtant à faire.
La vaisselle.
Les verres.
Les assiettes.
Les casseroles.
Les poêles.
Les plats de service.
Les ustensiles de cuisine.
Dans un restaurant, il ne suffit pas de remplir des cartons.
Chaque objet doit être protégé.
Une simple caisse peut contenir plusieurs dizaines d'assiettes.
Si elles sont mal emballées, quelques kilomètres suffisent pour les casser.
Pendant que deux déménageurs terminaient l'emballage, les autres continuaient à charger les camions.
Le chantier avançait régulièrement.
Pendant que le premier poids lourd recevait toute la cuisine professionnelle, le second camion était réservé au mobilier de salle.
Les tables.
Les chaises.
Les banquettes.
Les consoles.
Je préfère toujours séparer ces deux univers.
La cuisine suit une logique technique.
La salle suit une logique d'installation.
Lorsque nous arrivons à destination, chacun peut commencer son travail immédiatement sans devoir vider tout le camion pour retrouver un meuble.
Cette organisation nous fait gagner beaucoup de temps.
Une fois le restaurant entièrement chargé, nous avons pris la direction de la rue Balu, dans le 10ᵉ arrondissement.
Là encore, je ne voulais rien laisser au hasard.
Nous avons commencé par décharger toute la cuisine professionnelle.
Les meubles.
Les plans de travail.
Les fourneaux.
Les éléments réfrigérés.
Puis nous avons remonté la chambre froide.
Les panneaux retrouvaient leur place dans le même ordre que celui prévu lors du démontage.
Le groupe frigorifique était ensuite remis en place.
Grâce au repérage effectué la veille, tout s'assemblait beaucoup plus rapidement.
Je procède presque toujours dans cet ordre.
Une cuisine professionnelle doit être remontée avant de remettre les tables et les chaises.
Cela permet de travailler librement.
Les monteurs disposent de toute la place nécessaire.
Une fois la cuisine terminée, nous avons commencé à vider les cartons contenant la vaisselle et tous les ustensiles.
Chaque carton retrouvait directement son espace de rangement.
Le personnel n'aurait pas à rechercher son matériel pendant plusieurs jours.
Le restaurant pouvait progressivement reprendre vie.
Lorsque le restaurant fut entièrement réinstallé, il nous restait encore une dernière partie du chantier.
Le petit appartement situé au-dessus du restaurant.
Nous avons poursuivi avec la même méthode.
Le mobilier.
Les cartons.
Les vêtements.
Les objets personnels.
Après trois journées consacrées presque entièrement au restaurant, cette dernière intervention permettait de terminer complètement le déménagement.
Restaurant et logement avaient désormais rejoint leur nouvelle adresse.
À ce moment-là, je savais que ce chantier resterait longtemps dans ma mémoire.
Car déménager un restaurant ne consiste jamais uniquement à transporter du mobilier.
Il faut démonter.
Protéger.
Organiser.
Remonter.
Puis permettre à toute une activité de reprendre dans les meilleures conditions.
Lorsque nous avons terminé le dernier carton dans le petit appartement situé au-dessus du restaurant, je me suis retourné quelques instants vers la salle.
Quelques jours auparavant, elle accueillait encore des clients.
La cuisine fonctionnait normalement.
Les cuisiniers préparaient leurs plats.
Les serveurs circulaient entre les tables.
En quatre jours, tout avait disparu.
Puis tout avait repris sa place.
Le restaurant pouvait maintenant recommencer son activité dans un environnement entièrement réorganisé.
Au fil de ma carrière, j'ai compris que certains chantiers demandent davantage de réflexion que de force.
Une cuisine professionnelle en fait partie.
Chaque appareil possède son utilité.
Chaque meuble inox a sa place.
Chaque élément de la chambre froide doit retrouver exactement son emplacement.
Une simple inversion au remontage peut retarder la remise en service de tout le restaurant.
C'est pour cette raison que je prends toujours le temps de numéroter, de protéger et de préparer chaque étape avant le premier chargement.
Le démontage conditionne directement la qualité du remontage.
On me contacte régulièrement pour ce type d'intervention.
Certains restaurateurs changent complètement d'établissement.
D'autres réaménagent leurs locaux.
Parfois, il s'agit simplement de déplacer une cuisine ou une salle pendant des travaux.
Dans tous les cas, la méthode reste la même.
Observer.
Préparer.
Protéger.
Étiqueter.
Charger.
Réinstaller.
Cette organisation permet aux professionnels de reprendre leur activité dans les meilleures conditions.
Une fois le restaurant entièrement réinstallé, il nous restait encore le logement situé juste au-dessus.
Cette dernière partie représentait un chantier beaucoup plus classique.
Mais elle faisait partie du même projet.
Le propriétaire retrouvait son restaurant.
Sa famille retrouvait son appartement.
Tout avait été transféré dans le même esprit d'organisation.
Pour moi, il était important que cette intervention se termine seulement lorsque les deux déménagements étaient totalement achevés.
En quittant le chantier, je me suis dit que cette mission résumait parfaitement ce qu'est un déménagement professionnel.
Ce n'était pas uniquement une question de 80 m³.
Ce n'était pas uniquement quatre journées de travail.
C'était surtout une question d'organisation.
Lorsque chaque étape est préparée avant de commencer, les difficultés deviennent beaucoup plus simples à résoudre.
Le restaurateur pouvait reprendre son activité.
La cuisine retrouvait sa place.
La salle était prête à accueillir ses premiers clients.
L'appartement situé au-dessus était lui aussi terminé.
Pour beaucoup de personnes, ce chantier représentait simplement un déménagement.
Pour moi, il s'agissait surtout de permettre à un professionnel de retrouver rapidement son outil de travail.
C'est précisément ce type d'intervention qui me rappelle qu'un déménagement ne consiste pas seulement à déplacer des meubles.
Il permet aussi à une entreprise de poursuivre son activité avec le moins d'interruption possible.
C'est cette exigence que j'applique sur chacun de mes chantiers, qu'il s'agisse d'un appartement, d'une maison, d'un commerce ou d'un restaurant.